L’honnêteté est l’une  des qualités fondamentales que l’on recherche chez les autres. Quelqu’un d’honnête est quelqu’un en qui on peut avoir confiance; quelqu’un qui n’est pas là pour prendre avantage de nous et nous leurrer avec ses mensonges. Comment pourrait-on faire confiance à un hypocrite? Pourquoi se lierait-on d’amitié avec un menteur?

L’honnêteté est l’une des qualités importantes que toute personne qui souhaite méditer devra développer. Ne pas mentir délibérément aux autres est une première étape, puis, être honnête avec soi-même devient un apprentissage.

Prendre la décision de ne jamais mentir aux autres est primordial et peut être moins facile qu’il n’y paraît; on ment parfois par réflexe pour camoufler une mauvaise action ou une erreur qu’on a commise, pour ne pas perdre la confiance ou l’amitié de quelqu’un qui nous est cher, parce qu’on a honte, pour obtenir l’approbation des autres, pour plaire ou pour avoir l’air meilleur qu’on ne l’est vraiment, par exemple.

Cependant, le vrai défi consiste à apprendre à être honnête avec soi-même. On ne se pose généralement pas la question à savoir si on est honnête avec soi-même ou non; on est persuadé d’être honnête (pourquoi se mentirait-on à soi-même?). Cependant, quand on commence à analyser les intentions derrière nos actions, nos paroles et nos pensées, on peut faire face à des réalités surprenantes; comme si certaines vérités avaient été bien dissimulées sous le tapis pour ne jamais être vues.

Il y a une raison pour laquelle certaines choses sont cachées sous le tapis; la vérité n’est pas toujours belle, ni facile à accepter. Ainsi, pour pouvoir être honnête avec soi-même, il est crucial de décider que l’on veut vraiment ouvrir ses yeux, même si ce qu’on y découvre est choquant, pesant ou douloureux. Il faut vouloir voir les choses telles qu’elles sont, sans les passer à travers le filtre qui nous convient.

Une fois qu’on est déterminé à devenir honnête, on peut apprendre à développer un esprit d’analyse, qui est le meilleur outil pour nous aider à devenir honnête avec nous-mêmes. Développer un esprit d’analyse, c’est un peu comme devenir un détective qui enquête sur notre propre esprit; se questionner, analyser nos réponses, se poser des contre-questions, tenter de prendre au piège l’imposteur qui est en nous et le mettre à la lumière du jour.

L’esprit d’analyse

Supposons que mon compte en banque est bien garni et que je ne manque de rien. Je me considère comme une personne généreuse, mais je ne donne que de petits montants et seulement lorsque je suis sollicitée

Quand je me demande si je suis généreuse, je suis convaincue de vraiment l’être; je donne toujours sans hésitation, chaque fois que je suis invitée à le faire.

Imaginons que j’entre dans un centre d’achats et que je suis sollicitée pour donner de l’argent à une cause quelconque. Sans la moindre hésitation, je donne un billet de 20$. Est-ce un acte de générosité? J’ai bien l’impression que oui!

Si je souhaite être vraiment honnête avec moi-même, c’est ici que je peux commencer à être le détective qui enquêtera mes motivations réelles, en posant des contre-questions:

-Disons que je m’imagine passer devant le kiosque et ne pas donner, est-ce que je me sens mal à l’aise? Est-ce que je me sens jugée? Est-ce que j’ai peur que les gens pensent que je suis égoïste?

Si la réponse est oui, ça pourrait être que j’ai peur d’être jugée, mais que j’ai tout de même donné par pure générosité. Est-ce alors la générosité qui a poussé ma donation, ou est-ce la peur d’être jugée?

Pour le trouver, je pourrais me demander:

– Si personne n’avait été présent ni au kiosque, ni autour, pour me voir passer sans donner, est-ce que j’aurais donné?

Si j’attrape une hésitation à l’intérieur, si la réponse n’est pas instantanément que j’aurais donné, c’est louche!

Il faut alors pousser plus loin le questionnement:

–    Pourquoi avoir attendu cette journée où je suis sollicitée? Pourquoi ne pas avoir donné de moi-même, par la poste ou en ligne, une autre journée auparavant?

Si je trouve toutes sortes d’excuses pour justifier le fait que je n’ai pas donné avant, comme par exemple que j’étais trop occupée pour le faire ou que je ne savais pas comment procéder, ça confirme que j’essaie de m’en faire accroire! Que je suis malhonnête avec moi-même!

Je peux aussi pousser les contre-questions dans différentes directions :

–    Est-ce que je suis fière quand les gens me voient offrir un montant? Est-ce que j’aime que les autres sachent que j’ai donné, que ça me donne l’allure d’être « une bonne personne »?

Ou encore:

–   Est-ce que cela me déculpabilise devant les injustices de ce monde, quand je me sens coupable d’être riche pendant que d’autres meurent de faim? Est-ce que mon 20$ est l’outil qui me permet d’avoir l’esprit tranquille le reste de l’année quand je vois toutes les catastrophes dans le monde, car je me convainc ainsi que j’ai aidé?

Une autre façon intéressante de se questionner est de se mettre face à des choix pour voir ce qui nous importe réellement le plus.

–    Disons que j’ai oublié mon portefeuille et que je n’ai que 20$ sur moi. Si je donne mon 20$ pour la cause, cela veut aussi dire que je n’aurai plus d’argent pour payer mon dîner, et que je devrai attendre au souper ce soir à la maison. Est-ce que je sacrifierai mon dîner? Qu’est-ce qui compte le plus à mes yeux : donner pour la cause, ou mon dîner?

Est-ce que je suis une personne « généreuse » seulement quand mon confort n’est pas en jeu? Si c’est le cas, puis-je vraiment considérer que je suis généreuse?

Ce qui doit être compris de cet exemple, c’est qu’avec des questions, mais surtout des contre-questions bien ciblées, et la volonté de s’ouvrir les yeux, on peut voir ce qu’il en est vraiment. Toutes les excuses du monde peuvent être inventées pour se faire croire, à soi et aux autres, qu’il en est autrement. Avec l’esprit d’analyse, on peut arriver à y voir plus clair, à cesser de se mentir à soi-même, si vraiment c’est ce que l’on veut.

Détermination à voir les choses telles qu’elles sont.

Vouloir voir la réalité, voilà quelque chose de plus subtil. Il y a une différence entre, d’une part, ne pas voir les choses telles qu’elles sont parce qu’on s’est toujours fait dire que c’était ainsi et qu’on n’a jamais pensé à les remettre en question et, d’autre part, parce que la vérité fait trop mal, qu’elle est trop laide, qu’elle va à l’encontre de ce qu’on souhaite de cette vie ou qu’elle nous fait peur ou nous insécurise. Si on ferme les yeux sur une réalité parce qu’on ne veut pas la voir, consciemment ou inconsciemment, alors là il sera impossible de l’accepter, même avec tout l’esprit d’analyse du monde; car peu importe la situation, il est toujours possible de la dénier.

Voici un exemple qui illustre le choix entre accepter de voir la réalité et se fermer les yeux.

Une mère a un fils, adolescent, qui réussit très bien à l’école; il a reçu des invitations des meilleures universités au pays. Il a beaucoup d’amis, une copine, il est sociable, sportif et paraît bien; tout pour rendre une mère fière.

Un jour, son meilleur ami se fait prendre dans une histoire de vente et consommation de drogues. Jamais cette mère n’a soupçonné son fils de consommer. L’idée que son fils pourrait consommer détruirait son château, détruirait sa fierté, détruirait sa vie. A-t-elle sacrifié 18 ans de son existence pour que son fils soit drogué? L’allocation qu’elle lui verse pour ses études finit-elle dans la drogue? Son fils, celui en qui elle a une confiance ultime, lui aurait-t-il menti?

Si le meilleur ami de son fils est pris dans une histoire de drogue, il est plutôt improbable que son fils ne soit pas impliqué. Il y a lieu de se questionner sérieusement, si la condition de son fils lui importe réellement.

Ce choix est bien inconscient, mais devant une telle situation on fait face à deux options :

1- Se fermer les yeux, se dire que ce n’était que son ami et que son fils n’est pas impliqué.

Pour se rassurer, enlever sa culpabilité, mais sachant très bien qu’il n’avouera rien, elle pourrait même aller le voir en lui demandant : Si tu avais des problèmes de drogues, tu me le dirais n’est-ce pas? Posant la question d’une manière à l’inciter à répondre : “Bien sûr maman, ne t’inquiète pas, tout va bien.”

2-    Décider de s’ouvrir les yeux, investiguer réellement, faire tout ce qui est en son possible pour comprendre la situation et pouvoir lui venir en aide, même si cela implique de détruire son château, l’idéalisation de son fils, de perdre sa plus grande fierté, de voir que l’on n’a pas été attentif à lui, éblouie par la superficialité que tout va bien, de savoir qu’il nous a menti, qu’on ne peut pas lui faire confiance.

Se fermer les yeux devant le problème, c’est l’abandonner alors qu’il a besoin d’aide, c’est le laisser seul dans sa souffrance, pour protéger notre fierté, notre confort. C’est un choix égoïste, même s’il est inconscient.

S’ouvrir les yeux, c’est accepter de détruire ce château, de perdre sa fierté, de sortir de sa zone de confort, pour mettre l’effort de l’aider, avant que le problème ne devienne pire et qu’il ne soit trop tard. C’est ce qu’on peut réellement appeler de l’amour.

Une vérité qu’on <<connaît>> tous

Il est peut être simple de se dire “Je vais être honnête avec moi-même”, “Je veux voir les choses telles qu’elles sont”. Ce qui est moins simple est à l’intérieur de soi, de vraiment abandonner, laisser aller les mensonges qui ont construit nos vies et faire face à une réalité qui est complètement hors de notre zone de confort. Il y a même des vérités qui sont indéniables et qu’on “connaît” intellectuellement, mais qu’on résiste à accepter vraiment, incapables de se résigner à leur brutalité.

L’exemple le plus flagrant de comment on peut mentir à soi-même est la mort. Vraiment, s’il y a quelque chose de certain au moment où l’on naît, c’est bien qu’on va un jour mourir, et que ça peut arriver à tout instant. Si quelqu’un nous demande : Vas-tu mourir un jour? Bien sûr, nous lui répondrons.

Intellectuellement, on sait qu’on mourra un jour, mais réellement, à l’intérieur, quand vous observez, y croyez-vous vraiment? Croyez-vous vraiment que vous pourriez vous étouffer et décéder ce soir au souper? Si vous allez chez le médecin et qu’il vous diagnostique une maladie incurable qui vous achèvera d’ici 2 semaines, serez-vous sous le choc? Si oui, pourquoi? C’est pourtant bien évident qu’on doit mourir à un moment ou un autre, non? Quand vous entendez que quelqu’un de votre âge vient de mourir, cela vous ramène-t-il à réfléchir : Ça aurait pu être moi? Comme si la mort était toujours lointaine, qu’on allait mourir dans un avenir si lointain qu’on n’avait pas besoin d’y réfléchir réellement, qu’on avait tellement de temps devant nous, car, une mort hâtive, c’est très rare, si rare que ça n’arrive qu’aux autres…

Un jour, il y avait dans une revue un article citant une femme qui avait été diagnostiquée avec un cancer incurable; les médecins lui avaient annoncé sa mort dans un avenir prochain, sans donner de date. Cela faisait 10 ans, elle était toujours en vie, mais la maladie était toujours présente. En entrevue, on lui demandait : « C’est comment de savoir qu’on va mourir? »

Comme si la femme qui l’interviewait n’allait pas mourir un jour, elle. C’est comme si tant qu’on ne se fait pas confronter à un événement choquant qui nous ramène à l’ordre, on oublie que c’est un compte à rebours, qu’à chacun de nos anniversaires, on est un an plus près du cimetière.

Quand on voit ça à l’intérieur de nous, à quel point on est capable de se mentir à nous-même avec des faits tellement évidents, qu’en est-il du reste? Des sujets plus subtils? Des intentions réelles qui motivent nos actions? De nos piliers tel que notre but dans la vie, par exemple?

La méditation, c’est de travailler sur ces sujets de façon honnête; c’est de choisir la vérité, de choisir de faire face à soi-même, de cesser de se faire accroire des choses qui sont fausses parce qu’elles nous réconfortent. Choisir la vérité, c’est choisir la générosité véritable plutôt que l’égoïsme déguisé en générosité, c’est choisir la compassion et l’amour véritable plutôt que l’attachement, cet imposteur qu’on appelle faussement l’amour, c’est choisir la sagesse plutôt que l’ignorance.

Enfant, on aime tous construire des châteaux de sable, mais en grandissant, on les abandonne pour construire une vraie maison dans laquelle on peut vivre! Si je ne fais jamais face à la réalité, je vivrai toujours dans un mensonge, dans une impression de sécurité et de confort, plutôt que de bâtir quelque chose de solide.

Mais surtout, si je me mens à moi-même, est-ce donc dire que je ne peux même pas me faire confiance?

L’honnêteté est l’une  des qualités fondamentales qu’on recherche chez les autres. Quelqu’un d’honnête est quelqu’un en qui on peut avoir confiance; quelqu’un qui n’est pas là pour prendre avantage de nous et nous leurrer avec ses mensonges. Comment pourrait-on faire confiance à un hypocrite? Quelle amitié y a-t-il à avoir avec un menteur?

L’honnêteté est l’une des qualités importantes que toute personne qui souhaite méditer devra développer. Ne pas mentir délibérément aux autres est une première étape, puis, être honnête avec soi-même devient un apprentissage.

Prendre la décision de ne jamais mentir aux autres est primordial et peut être moins facile qu’il n’y paraît; on ment parfois par réflexe pour camoufler une mauvaise action ou une erreur qu’on a commise, pour ne pas perdre la confiance ou l’amitié de quelqu’un qui nous est cher, parce qu’on a honte, pour obtenir l’approbation des autres, pour plaire ou pour avoir l’air meilleur qu’on ne l’est vraiment, par exemple.

Cependant, le vrai défi consiste à apprendre à être honnête avec soi-même. On ne se pose généralement pas la question à savoir si on est honnête avec soi-même ou non; on est persuadé d’être honnête (pourquoi irait-on essayer de se mentir à soi-même?). Cependant, quand on commence à analyser les intentions derrière nos actions, nos paroles et nos pensées, on peut faire face à des réalités surprenantes; comme si certaines vérités avaient été bien dissimulées sous le tapis pour ne jamais être vues.

Il y a une raison pour laquelle certaines choses sont cachées sous le tapis; la vérité n’est pas toujours belle, ni facile à accepter. Ainsi, pour pouvoir être honnête avec soi-même, il est crucial de décider que l’on veut vraiment ouvrir ses yeux, même si ce qu’on y découvre est choquant, pesant ou douloureux. Il faut vouloir voir les choses telles qu’elles sont, sans les passer à travers le filtre qui nous convient.

Une fois qu’on est déterminé à devenir honnête, on peut apprendre à développer un esprit d’analyse, qui est le meilleur outil pour nous aider à devenir honnête avec nous-mêmes. Développer un esprit d’analyse, c’est un peu comme devenir un détective qui enquête sur notre propre esprit; se questionner, analyser nos réponses, se poser des contre-questions, tenter de prendre au piège l’imposteur qui est en nous et le mettre à la lumière du jour.

L’esprit d’analyse

Supposons que mon compte en banque est bien garni et que je ne manque de rien. Je me considère comme une personne généreuse, mais je ne donne que de petits montants et seulement lorsque je suis sollicitée.

Quand je me demande si je suis généreuse, je suis convaincue de vraiment l’être; je donne toujours sans hésitation, chaque fois où je suis invitée à le faire.

Imaginons que j’entre dans un centre d’achats et que je suis sollicitée pour donner de l’argent à une cause quelconque. Sans la moindre hésitation, je donne un billet de 20$. Est-ce un acte de générosité? J’ai bien l’impression que oui!

Si je souhaite être vraiment honnête avec moi-même, c’est ici que je peux commencer à être le détective qui enquêtera mes motivations réelles, en posant des contre-questions:

-Disons que je m’imagine passer devant le kiosque et ne pas donner, est-ce que je me sens mal à l’aise? Est-ce que je me sens jugée? Est-ce que j’ai peur que les gens pensent que je suis égoïste?

Si la réponse est oui, ça pourrait être que j’ai peur d’être jugée, mais que j’ai tout de même donné par pure générosité. Est-ce alors la générosité qui a poussé ma donation, ou est-ce la peur d’être jugée?

Pour le trouver, je pourrais me demander:

– Si personne n’avait été présent ni au kiosque, ni autour, pour me voir passer sans donner, est-ce que j’aurais donné?

Si j’attrape une hésitation à l’intérieur, si la réponse n’est pas instantanément que j’aurais donné, c’est louche!

Il faut alors pousser plus loin le questionnement:

–    Pourquoi avoir attendu cette journée où je suis sollicitée? Pourquoi ne pas avoir donné de moi-même, par la poste ou en ligne, une autre journée auparavant?

Si je trouve toutes sortes d’excuses pour justifier le fait que je n’ai pas donné avant, comme par exemple que j’étais trop occupée pour le faire ou que je ne savais pas comment procéder, c’est bien que j’essaie de m’en faire accroire à moi-même! Que je suis malhonnête avec moi-même!

Je peux aussi pousser les contre-questions dans différentes directions :

–    Est-ce que je suis fière quand les gens me voient offrir un montant? Est-ce que j’aime que les autres sachent que j’ai donné, que ça me donne l’allure d’être « une bonne personne »?

Ou encore:

–   Est-ce que cela me déculpabilise devant les injustices de ce monde, quand je me sens coupable d’être riche pendant que d’autres meurent de faim? Est-ce que mon 20$ est l’outil qui me permet d’avoir l’esprit tranquille le reste de l’année quand je vois toutes les catastrophes dans le monde, car je me convainc ainsi que j’ai aidé?

Une autre façon intéressante de se questionner est de se mettre face à des choix pour voir ce qui nous importe réellement le plus.

–    Disons que j’ai oublié mon portefeuille et que je n’ai que 20$ sur moi. Si je donne mon 20$ pour la cause, cela veut aussi dire que je n’aurai plus d’argent pour payer mon dîner, et que je devrai attendre au souper ce soir à la maison. Est-ce que je sacrifierai mon dîner? Qu’est-ce qui compte le plus à mes yeux : donner pour la cause, ou mon dîner?

Est-ce que je suis une personne « généreuse » seulement quand mon confort n’est pas en jeu? Si c’est le cas, puis-je vraiment considérer que je suis généreuse?

Ce qui doit être compris de cet exemple, c’est qu’avec des questions, mais surtout des contre-questions bien ciblées, et la volonté de s’ouvrir les yeux, on peut voir ce qu’il en est vraiment. Toutes les excuses du monde peuvent être inventées pour se faire croire, à soi et aux autres, qu’il en est autrement, mais avec l’esprit d’analyse, on peut arriver à y voir plus clair, à cesser de se mentir à soi-même, si vraiment c’est ce qu’on veut.

Détermination à voir les choses telles qu’elles sont

Vouloir voir la réalité, voilà quelque chose de plus subtil. Il y a une différence entre ne pas voir les choses telles qu’elles sont parce qu’on s’est toujours fait dire que c’était ainsi et qu’on n’a jamais pensé de les remettre en question et ne pas voir les choses telles qu’elles sont parce que la vérité fait trop mal, parce qu’elle est trop laide, parce qu’elle va à l’encontre de ce qu’on souhaite de cette vie ou parce qu’elle nous fait peur, nous insécurise. Si on ferme les yeux sur une réalité parce qu’on ne veut pas la voir, consciemment ou inconsciemment, alors là il sera impossible de l’accepter, même avec tout l’esprit d’analyse du monde; car peu importe la situation, il est toujours possible de la dénier.

Voici un exemple pour illustrer ce à quoi peut ressembler de faire un choix entre accepter de voir la réalité et se fermer les yeux.

Une mère a un fils, adolescent, qui réussit très bien à l’école; il a reçu des invitations des meilleures universités au pays. Il a beaucoup d’amis, une copine, il est sociable, sportif et paraît bien; tout pour rendre une mère fière.

Un jour, son meilleur ami se fait prendre dans une histoire de vente et consommation de drogues. Jamais cette mère n’a soupçonné son fils de consommer. L’idée que son fils pourrait consommer détruirait son château, détruirait sa fierté, détruirait sa vie. A-t-elle sacrifié 18 ans de son existence pour que son fils soit drogué? L’allocation qu’elle lui verse pour ses études finit-elle dans la drogue? Son fils, celui en qui elle confiance ultime, lui aurait-t-il menti?

Si le meilleur ami de son fils est pris dans une histoire de drogue, il est plutôt improbable que son fils ne soit pas impliqué. Il y a lieu de se questionner sérieusement, si la condition de son fils lui importe réellement.

Ce choix est bien inconscient, mais devant une telle situation on fait face à deux options :

1- Se fermer les yeux, se dire que ce n’était que son ami et que son fils n’est pas impliqué.

Pour se rassurer, enlever sa culpabilité, mais sachant très bien qu’il n’avouera rien, elle pourrait même aller le voir et lui demandant : Si tu avais des problèmes de drogues, tu me le dirais n’est-ce pas? Posant la question d’une manière à l’inciter à répondre : “Bien sûr maman, ne t’inquiète pas, tout va bien.”

2-    Décider de s’ouvrir les yeux, investiguer réellement, faire tout ce qui est en son possible pour comprendre la situation et pouvoir lui venir en aide, même si cela implique de détruire son château, l’idéalisation de son fils, de perdre sa plus grande fierté, de voir que l’on n’a pas été attentif à lui, éblouie par la superficialité que tout va bien, de savoir qu’il nous a menti, qu’on ne peut pas lui faire confiance.

Se fermer les yeux devant le problème, c’est l’abandonner alors qu’il a besoin d’aide, c’est le laisser seul dans sa souffrance, pour protéger notre fierté, notre confort. C’est un choix égoïste, même s’il est inconscient.

S’ouvrir les yeux, c’est accepter de détruire ce château, de perdre sa fierté, de sortir de sa zone de confort, pour tenter de l’aider, avant que le problème ne devienne pire et qu’il ne soit trop tard. C’est ce qu’on peut réellement appeler de l’amour.

Une vérité qu’on “connaît” tous

Il est peut être simple de se dire “Je vais être honnête avec moi-même”, “Je veux voir les choses telles qu’elles sont”. Ce qui est moins simple est à l’intérieur de soi, de vraiment abandonner, laisser aller les mensonges qui ont construit nos vies et faire face à une réalité qui est complètement hors de notre zone de confort. Il y a même des vérités qui sont indéniables et qu’on “connaît” intellectuellement, mais qu’on résiste à accepter vraiment, incapables de se résigner à leur brutalité.

L’exemple le plus flagrant de comment on peut mentir à soi-même est la mort. Vraiment, s’il y a quelque chose de certain au moment où l’on naît, c’est bien qu’on va un jour mourir, et que ça peut arriver à tout instant. Si quelqu’un nous demande : Vas-tu mourir un jour? Bien sûr, nous lui répondrons.

Intellectuellement, on sait qu’on mourra un jour, mais réellement, à l’intérieur, quand vous observez, y croyez-vous vraiment? Croyez-vous vraiment que vous pourriez vous étouffer et décéder ce soir au souper? Si vous allez chez le médecin et qu’il vous diagnostique une maladie incurable qui vous achèvera d’ici 2 semaines, serez-vous sous le choc? Si oui, pourquoi? C’est pourtant bien évident qu’on doit mourir à un moment ou un autre, non? Quand vous entendez que quelqu’un de votre âge vient de mourir, cela vous ramène-t-il à réfléchir : Ça aurait pu être moi? Comme si la mort était toujours lointaine, qu’on allait mourir dans un avenir si lointain qu’on n’avait pas besoin d’y réfléchir réellement, qu’on avait tellement de temps devant nous, car, une mort hâtive, c’est très rare, si rare que ça n’arrive qu’aux autres…

Un jour, il y avait dans une revue un article citant une femme qui avait été diagnostiquée avec un cancer incurable; les médecins lui avaient annoncé sa mort dans un avenir prochain, sans donner de date. Cela faisait 10 ans, elle était toujours en vie, mais la maladie était toujours présente. En entrevue, on lui demandait : « C’est comment de savoir qu’on va mourir? »

Comme si la femme qui l’interviewait n’allait pas mourir un jour, elle. C’est comme si tant qu’on ne se fait pas confronter à un événement choquant qui nous ramène à l’ordre, on oublie que c’est un compte à rebours, qu’à chacun de nos anniversaires, on est un an plus près du cimetière.

Quand on voit ça à l’intérieur de nous, combien on est capable de se mentir à nous-même avec des faits tellement évidents, qu’en est-il du reste? Des sujets plus subtils? Des intentions réelles qui motivent nos actions? De nos piliers tel que notre but dans la vie, par exemple?

La méditation, c’est de travailler sur ces sujets de façon honnête; c’est de choisir la vérité, de choisir de faire face à soi-même, de cesser de se faire accroire des choses qui sont fausses parce qu’elles nous réconfortent. Choisir la vérité, c’est choisir la générosité véritable plutôt que l’égoïsme déguisé en générosité, c’est choisir la compassion et l’amour véritable plutôt que l’attachement, cet imposteur qu’on appelle faussement l’amour, c’est choisir la sagesse plutôt que l’ignorance.

Enfant, on aime tous construire des châteaux de sable, mais en grandissant, on les abandonne pour construire une vraie maison dans laquelle on peut vivre! Si je ne fais jamais face à la réalité, je vivrai toujours dans un mensonge, dans une impression de sécurité et de confort, plutôt que de bâtir quelque chose de solide.

Mais surtout, si je me mens à moi-même, est-ce donc dire que je ne peux même pas me faire confiance à moi-même?